LE SECRET DES PHOTOS ICONIQUES SELON JAMES NACHTWEY

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Il y a quelques années j’ai eu la chance d’interviewer le célèbre photojournaliste américain James Nachtwey. A l’époque, je travaillais pour une chaîne de télévision internationale, lui était de passage à Oviedo (Asturies, Espagne) pour recevoir le Prix Princesse des Asturies. Ce fut une rencontre très intéressante et très enrichissante, grâce à laquelle j’ai appris énormément de choses. Comme parler avec des gens expérimentés pour comprendre les choses à leur juste valeur.

James Nachtwey a toujours été un de mes photographes préférés, ce rendez-vous a donc été pour moi un grand moment de plaisir, presque comme un rêve d’enfance qui devient réalité. Et j’ai appris pendant cette rencontre inoubliable que ce totem du photojournalisme de guerre et moi avions au moins une chose en commun : tous les deux, nous utilisons la même camera, la Canon 5D mark II et III. Juste un petit détail sans importance.

Cet homme m’a fait une forte impression. Il a cette allure de globetrotter, d’homme qui a vécu, mais qui parle avec une petite voix, sans s’imposer. Mais ses réponses étaient comme un livre écrit par un savant. C’est incroyable à quel point l’expérience fait toute la différence.

En deux minutes, il était capable d’aborder des sujets très complexes avec un naturel incroyable. Nachtwey est la force tranquille. Vraiment quelqu’un de très intéressant.

 

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S’IMMISCER DANS LA VIE DES GENS

Moi-même en tant que photographe et reporter, je me suis retrouvé dans des situations dans lesquelles j’ai connu de grands moments de solitude : prendre une photo ou ne pas la prendre, parler à quelqu’un qui vient de voir mourir un membre de sa famille ou vient de perdre tous ses biens… Ce n’est pas chose facile et j’ai toujours voulu savoir comment des photographes beaucoup plus expérimentés que moi géraient ces moments de doute.

Parce que je me disais toujours que j’avais une mission, qu’il y avait une raison à ma présence dans un endroit que normalement je n’étais pas censé visiter; mais si je suis là, c’est pour rendre compte d’une situation, c’est mon devoir. C’est mon travail. C’est ce que je me disais pour me donner des forces quand je n’en avais plus.

Mais après il faut savoir comment le faire sans renoncer à son humanité. Et là, James Nachtwey m’a expliqué sa technique et sa méthode. J’étais content de constater que, lui et moi, on avait encore une autre chose en commun : la façon de gérer ce type de situations. La base : le respect et l’empathie.

Quand quelqu’un souffre et que tu es témoin de sa souffrance, un trait d’union (éphémère des fois, éternel parfois) se crée et alors ces gens que tu ne connaîs pas t’acceptent et tu deviens une petite partie de leur vie et eux de la tienne. Sans ça, ce n’est pas possible de capter l’instant. Appuyer sur le bouton de la caméra est seulement la dernière étape de tout un processus. Et ce n’est pas la partie la plus difficile.

 

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PUBLIER DES PHOTOS DURES ?

Un autre sujet sur lequel j’ai passé des heures et des heures à réfléchir, c’est le fait de publier ou ne pas publier des photos dures. J’ai personnellement toujours cru que oui, que c’est nécessaire. Comment illustrer ou raconter alors une guerre sans cadavres ? Ou une catastrophe naturelle sans blessés ? Ou une crise sans violence ? Pourquoi édulcorer ces situations jusqu’au point de les convertir presqu’en un film de Disney ?

Les réponses que beaucoup de responsables éditoriaux dans des rédactions (Presse, TV, etc.) donnent à ce sujet pour ne pas publier ces images m’ont toujours surpris. Et ils ne manquent pas de créativité !

J’ai donc posé la question à James Nachtwey en parlant du cas de l’enfant Aylan Kurdi, qui avait été retrouvé mort sur une plage de Turquie après le naufrage de son bateau de fortune. Une histoire terrible qui a réveillé les consciences en Europe pendant quelques minutes sur la crise des refugiés.

Est-ce que les photographes ou journalistes que nous sommes salissent la mémoire des victimes quand nous publions ces photos ? Est-ce que nous sommes de simples voyeurs ? Est-ce que nous ne respectons pas la dignité des victimes ?

J’ai constaté que James Nachtwey et moi nous avions encore une autre chose en commun.

Pour le reste je vous invite à regarder l’intégralité de l’interview et en tirer vos propres conclusions.

Justement, c’est ça le plus important.

 

Author: Luis Carballo

En 1997 j’ai déménagé en France ou a commencé pour moi une fascinante aventure professionnelle que m’a emmené à parcourir le monde. Grace a mon travail dans une chaine de télévision internationale j’ai pu accomplir mon rêve. J’ai couvert sur le terrain des multiples évènements, comme le séisme a Haïti en 2010, la révolution égyptienne de 2011, la guerre Israël-Hamas, la visite du Pape François en Terre Sainte, les funérailles de chefs d’Etat comme Ariel Sharon et Hugo Chavez au Venezuela. Mon dernier reportage au Nigeria sur Boko Haram a été sélectionné pour les prix Emmy en 2015.